Comment calculer et réduire les émissions de CO₂ des transports ?

René Moreno .

19 août 2026

Schéma illustrant l'obligation d'information CO₂ pour les transports. Trois cas de figure : origine française, destination française, ou les deux. Le transit en France sans origine/destination française n'est pas concerné.

Un trajet domicile-travail de 20 kilomètres peut sembler anodin, mais répété chaque jour par une flotte entière, il pèse rapidement sur le bilan environnemental d’une entreprise. Je vous propose ici une lecture pratique des émissions exprimées en kilogrammes de CO₂, avec la méthode de calcul, des ordres de grandeur pour les principaux modes de transport et des leviers concrets pour réduire l’empreinte de la mobilité professionnelle.

Les repères essentiels pour comprendre vos émissions de transport

  • 1 kg de CO₂ correspond à 1 000 grammes de dioxyde de carbone émis.
  • Le calcul de base repose sur la formule distance × facteur d’émission.
  • Pour comparer des modes de transport, utilisez de préférence le CO₂e par passager-kilomètre.
  • Une voiture occupée par deux personnes émet souvent deux fois moins par passager qu’une voiture utilisée seul.
  • Le train, le covoiturage, le vélo et la réduction des trajets sont généralement les leviers les plus efficaces.

Que mesure réellement un kilogramme de CO₂

Le kilogramme est simplement une unité de masse. Dans le transport, il sert à exprimer la quantité de dioxyde de carbone générée par un trajet, une livraison, un véhicule ou une activité sur une période donnée. Pour faciliter les comparaisons, on utilise aussi le gramme de CO₂ par kilomètre, souvent abrégé en g/km.

Vous rencontrerez également l’expression CO₂e, pour « équivalent CO₂ ». Elle additionne l’impact du dioxyde de carbone et celui d’autres gaz à effet de serre, comme le méthane ou le protoxyde d’azote, en les convertissant dans une même unité. Pour une analyse sérieuse de mobilité, je préfère le CO₂e, car il offre une vision plus complète que les seules émissions à l’échappement.

La bonne unité dépend de la question posée. Pour une voiture, le g/km décrit la performance du véhicule. Pour un voyageur, le kg CO₂e par passager-kilomètre tient compte du nombre de personnes à bord. Pour le fret, on regarde plutôt les émissions en kg CO₂e par tonne-kilomètre. Mélanger ces indicateurs conduit vite à des comparaisons trompeuses.

Comment calculer les émissions d’un trajet

La formule la plus simple consiste à multiplier la distance par un facteur d’émission, puis à convertir les grammes en kilogrammes si nécessaire.

Émissions en kg CO₂e = distance en km × facteur en g CO₂e/km ÷ 1 000.

Prenons une voiture consommant 6 litres d’essence pour 100 kilomètres. Sur 300 kilomètres, elle consomme environ 18 litres. Avec un facteur d’environ 2,3 kg de CO₂ par litre, cela représente près de 41 kg de CO₂ à l’usage. Si deux personnes voyagent ensemble, l’impact lié au déplacement tombe à environ 20,5 kg par passager, avant d’intégrer les autres postes du bilan.

Pour obtenir un résultat plus fiable, je vous conseille de préciser quatre éléments. Il faut connaître la distance réelle, le type d’énergie, la consommation ou le facteur du mode utilisé, ainsi que le taux de remplissage. Dans une entreprise, ajoutez les trajets à vide, les détours, les déplacements de service et, si l’analyse le demande, la fabrication et la fin de vie des véhicules.

Émissions directes et émissions du cycle de vie

Une voiture électrique n’émet pas de CO₂ à l’échappement, mais sa fabrication et la production de l’électricité ont un impact. À l’inverse, un véhicule thermique émet pendant son usage et lors de l’extraction, du raffinage et de la distribution du carburant. Le ministère de la Transition écologique recommande justement une approche dite du puits à la roue, qui prend en compte la production de l’énergie et son utilisation.

La fabrication n’a pas besoin d’être ajoutée dans chaque comparaison courte. En revanche, elle devient importante lorsqu’une entreprise choisit une motorisation, renouvelle toute sa flotte ou compare un véhicule lourd à un modèle plus léger. Un véhicule plus sobre reste généralement pertinent, quelle que soit son énergie.

Comparaison des émissions de kg CO2 par kilomètre : avion (201g), voiture (139g), train (36g), autocar (32g).

Quels ordres de grandeur pour les principaux modes

Les valeurs ci-dessous donnent des repères indicatifs en France. Elles peuvent changer selon la distance, le remplissage, la motorisation, la circulation, la saison et la méthode de calcul. Je les utilise pour orienter une décision, jamais pour promettre un chiffre universel au dernier gramme.

Mode de transport Ordre de grandeur Ce qui fait varier le résultat
Vélo ou marche Très faible en usage Fabrication du vélo, alimentation, batterie pour un vélo à assistance électrique
TGV ou train grande ligne Environ 0,005 à 0,015 kg CO₂e/passager.km Type de train, taux de remplissage, méthode retenue
TER Environ 0,01 à 0,08 kg/passager.km Traction électrique ou diesel et occupation du train
Bus ou autocar Environ 0,03 à 0,10 kg/passager.km Nombre de voyageurs et type de véhicule
Voiture thermique utilisée seul Environ 0,15 à 0,25 kg/passager.km Consommation, circulation, poids du véhicule et conduite
Avion court-courrier Environ 0,18 à 0,30 kg/passager.km Phase de décollage, remplissage, distance et effets additionnels en altitude

Sur un trajet Paris-Turin, l’ADEME estime par exemple l’aller-retour à environ 152 kg de CO₂e en avion, contre 3,3 kg en TGV pour une personne. L’écart est spectaculaire, mais il ne faut pas en déduire que chaque trajet en train affiche automatiquement la même performance. Les lignes régionales, les correspondances et le taux d’occupation modifient le calcul.

La comparaison devient encore plus favorable au covoiturage. Une voiture qui transporte quatre salariés ne disparaît pas du bilan, mais ses émissions sont réparties entre quatre passagers. C’est souvent une mesure rapide à mettre en place, surtout lorsque le train ou le bus ne répondent pas aux horaires des équipes.

Pourquoi deux trajets identiques n’ont pas le même bilan

La distance ne suffit pas. Un parcours de 100 kilomètres peut générer quelques centaines de grammes en train ou plusieurs dizaines de kilogrammes en voiture selon le véhicule et son occupation. Le premier facteur que je regarde est donc le mode de transport, puis le remplissage et la consommation réelle.

Le taux d’occupation change tout

Pour une voiture, les émissions sont d’abord produites par le véhicule, pas par chaque passager. Un conducteur seul supporte donc la totalité du bilan. Avec deux, trois ou quatre occupants, l’impact individuel baisse fortement, même si l’impact total du véhicule reste presque identique.

La masse et la conduite comptent aussi

Les accélérations répétées, les pneus sous-gonflés, la vitesse élevée et la climatisation peuvent augmenter la consommation. Les SUV lourds et les véhicules puissants demandent davantage d’énergie, en particulier sur les trajets urbains. Dans mes analyses de flotte, une réduction de consommation obtenue par l’écoconduite est souvent plus immédiate qu’un renouvellement complet du parc.

Lire aussi : Réduire les émissions de GES dans le transport en entreprise

Attention aux comparaisons incomplètes

Comparer les émissions à l’échappement d’une voiture thermique avec celles à l’usage d’une voiture électrique ne suffit pas. Il faut employer le même périmètre pour les deux solutions, intégrer l’énergie consommée et préciser si la fabrication est incluse. Cette transparence évite de présenter un chiffre flatteur mais impossible à vérifier.

Comment réduire les kilogrammes émis par une entreprise

Je recommande de commencer par mesurer les trajets réels pendant un mois ou un trimestre. Notez les kilomètres, les modes, le nombre de passagers, les consommations et les motifs de déplacement. Vous verrez rapidement si le principal problème vient des trajets domicile-travail, des rendez-vous clients, des livraisons ou d’une flotte mal dimensionnée.

  1. Éviter les déplacements inutiles grâce à la visioconférence, au télétravail partiel et au regroupement des rendez-vous.
  2. Privilégier le report modal vers le train, le bus, le vélo ou la marche lorsque le temps de trajet reste acceptable.
  3. Augmenter le remplissage avec le covoiturage, l’autopartage et une réservation centralisée des véhicules.
  4. Améliorer la flotte en choisissant des véhicules plus légers, adaptés à l’usage et correctement entretenus.
  5. Suivre un indicateur stable comme le kg CO₂e par salarié, par trajet, par livraison ou par tonne transportée.

L’ADEME indique qu’un salarié parcourant 10 kilomètres aller-retour trois fois par semaine à vélo plutôt qu’en voiture peut éviter environ 271 kg de CO₂ par an. Le chiffre varie selon le calendrier et le mode remplacé, mais le principe est solide. Une petite réduction répétée sur des centaines de collaborateurs produit souvent plus d’effet qu’une action ponctuelle très visible.

Pour le transport de marchandises, le raisonnement évolue. Il faut agir sur le taux de chargement, les kilomètres à vide, la consolidation des commandes, les horaires de livraison et la combinaison rail-route. Le ministère prévoit en France une information GES des prestations de transport, ce qui aide les donneurs d’ordre à demander des données comparables à leurs prestataires.

Le bon indicateur pour piloter une mobilité durable

Un seul chiffre ne suffit pas pour piloter une politique de mobilité. Je conseille de suivre au moins le total annuel, l’intensité par salarié et la répartition entre voiture solo, covoiturage, transports collectifs, vélo et avion. Cette lecture montre à la fois le volume global et les changements de comportement.

Ne fixez pas un objectif uniquement en kilogrammes évités. Mesurez aussi le coût, le temps de trajet, la ponctualité, la sécurité et l’accessibilité pour les salariés. Une solution bas carbone qui rallonge systématiquement les déplacements ou exclut certains sites sera difficile à maintenir.

Le meilleur tableau de bord relie donc les émissions à une décision concrète. Par exemple, remplacer 20 % des trajets en voiture solo par du covoiturage, réduire les vols courts lorsqu’une liaison ferroviaire existe ou augmenter le taux de chargement des tournées. Un indicateur utile est un indicateur qui déclenche une action, pas seulement une belle valeur dans un rapport.

Transformer chaque calcul en décision de transport

Exprimer un trajet en kilogrammes rend son impact visible, mais le calcul n’est qu’un point de départ. Pour décider correctement, je compare toujours le même périmètre, je vérifie l’occupation et je distingue les émissions directes de celles liées à l’énergie et à la fabrication.

Dans la pratique, les réductions les plus robustes viennent d’une combinaison simple. Moins de trajets, davantage de transports collectifs ou partagés, des véhicules adaptés aux besoins réels et un suivi régulier permettent de progresser sans attendre une solution technologique parfaite.

Une mobilité durable se construit ainsi à partir de données compréhensibles et de choix réalistes. Quelques kilogrammes évités sur un déplacement peuvent sembler modestes, mais multipliés par des milliers de trajets professionnels, ils deviennent un résultat environnemental et économique très concret.

Questions fréquentes

Multipliez la distance parcourue par le facteur d’émission, puis divisez par 1 000 pour obtenir des kilogrammes. Par exemple, une voiture consommant 6 litres d’essence aux 100 kilomètres émet environ 41 kg de CO₂ sur 300 kilomètres, avec un facteur de 2,3 kg par litre. Si deux personnes voyagent ensemble, l’impact par passager est d’environ 20,5 kg.
Cet indicateur tient compte du nombre de personnes transportées et permet de comparer les modes sur une base commune. Pour le fret, l’unité adaptée est plutôt le kg CO₂e par tonne-kilomètre. Il faut aussi préciser le périmètre retenu, notamment l’énergie consommée et la fabrication des véhicules.
Le vélo et la marche ont des émissions très faibles en usage. Le TGV se situe autour de 0,005 à 0,015 kg CO₂e par passager-kilomètre, contre environ 0,15 à 0,25 kg pour une voiture thermique utilisée seul et 0,18 à 0,30 kg pour un avion court-courrier. Le résultat varie selon le remplissage, la motorisation, la distance et la méthode de calcul.
Commencez par mesurer pendant un mois ou un trimestre les kilomètres, les modes utilisés, le nombre de passagers et les consommations. Les leviers principaux sont la réduction des déplacements, le report vers le train, le bus, le vélo ou la marche, le covoiturage, l’autopartage et le choix de véhicules plus légers. Pour le fret, surveillez aussi le taux de chargement, les kilomètres à vide et la consolidation des commandes.
Évaluer l'article

Moyenne: 0.0 / 5 · 0 évaluations

Tags

empreinte carbone covoiturage écoconduite train fret
Autor René Moreno
René Moreno
Je m'appelle René Moreno et cela fait maintenant 15 ans que je me consacre aux univers du transport, de la logistique et de la mobilité d'entreprise. C'est un domaine qui me fascine par sa complexité et son importance capitale dans le fonctionnement de nos économies. Mon objectif sur transports-moreau.fr est de décortiquer ces sujets, de rendre accessibles les enjeux actuels et futurs, et d'apporter un éclairage clair sur les solutions qui façonnent nos déplacements professionnels et la circulation des biens. Je m'efforce de vérifier mes informations et de comparer les données pour vous offrir des contenus fiables et pertinents, en m'assurant que chaque article soit à la fois précis et facile à comprendre.
Commentaires (0)
Ajouter un commentaire